Une saison ardente – Richard Ford | (wildlife) Chronique

La première fois que j’ai lu Une saison ardente de Richard Ford, j’ai été envoûté d’une façon très particulière et sans comprendre pourquoi. Mais j’avais la sensation très nette que le récit, la façon d’écrire reflétait quelque chose du récit : plus précisément la nature des relations entre le fils narrateur et ses deux parents. J’étais éberlué de sentir avec intensité un lien puissant entre la forme narrative et le contenu narratif. C’était épatant, d’autant plus que je n’arrivais pas à saisir comment cela avait lieu.

une saison ardente richard ford

J’ai fini le livre, eu envie d’écrire à son sujet, le temps est passé et ces impressions se sont diluées. La frustration de n’avoir ni compris ni exprimé cette expérience si forte m’a poussé à relire Une saison ardente. J’avais assez oublié le dénouement et les détails de l’histoire pour me replonger dedans avec une certaine naïveté, mais pas celle de me laisser embobiner sans comprendre cette fois ! Et c’était tout d’un coup évident : Richard Ford a truffé son récit de phrases qui disent sans dire, qui montrent sans désigner, qui manifestent sans expliquer quelque chose de ce lien entre Joe, son père et sa mère.

Je laisserai à chacun le plaisir et l’énigme, le charme de la découverte. Il se passe si peu de choses en si peu de temps, trois jours et le basculement radical, tandis que des mois entiers semblent s’écouler. Je dirai seulement qu’il y a, à mon sens, dans Une saison ardente de John Ford un écho troublant avec ce que l’on vit aujourd’hui depuis nos îles respectives. À qui parle-t-on et de quoi, lorsqu’on émet une parole ? Quelle est la violence la plus forte : n’exister que pour soi ou ne pas faire exister l’autre ? L’histoire est transparente, simple, droite, épurée même, et ses non-dits ouvrent des questions pour une vie entière.

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