Jean-Guy Coulange | Je descends la rue de Siam (chronique)

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Carnets sonores

Pour quelqu’un dont le chemin créatif est parsemé de conflits internes et d’éclosions bienheureuses, de complexités qui s’entremêlent, de doutes et de joies inexorablement liés, le livre de Jean-Guy Coulange Je descends la rue de Siam forme un précieux reflet. Je l’ai relu trois fois, en partie pour repasser sur mes turpitudes créatives l’émolliente pommade que consiste ce journal. Onze chapitres qui témoignent d’autant de voyages en quête de sons, d’impressions, d’images, de rencontres, et qui en retour m’ont procuré l’occasion de visiter quelques uns de mes propres paysages intérieurs.

Carnets sonores : Jean-Guy Coulange Je descends la rue de Siam, tends ses micros aux choses, aux contrées et aux êtres. Il décrit les étapes, les humeurs, les incertitudes, les questionnements, c’est son journal de bord, il trace des repères en creux, en notes simples. La façon d’en raconter l’exploration tend également un microphone à l’intime du lecteur. J’ai aussi bien entendu des panoramas de vent, de liquides, de machines, de voix, que les échos de mes propres forages et tourbillons. Ce faisant il m’a offert des estrades, des supports, des plateformes – zones de repos, de possible existence.

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Documentaire ?

Une interrogation lui revient : comment définir cette engrangement-production ? Il résiste au terme « documentaire » qui ne vibre pas juste, y préfère des termes plus vagues, plus ouverts : « quand je dis « création », je me situe dans une démarche de liberté absolue » (p.28). C’est comme une piqure de rappel : je m’enferme tout seul à force d’injonctions de formes à donner – c’est pour moi la force de ces pages : émancipatrices, ce qu’elles m’ont donné. Pareillement, les validations qu’il fait de ce qui échappe, nommant l’existence de sons hors-champ, mais aussi: « J’ai tout mon temps. Ce qui ne veut pas dire que je ne fais rien de ce temps (…) Je suis dans le temps de l’écriture et il n’y a pas d’obstacle devant moi, j’habite la permanence de ce temps d’écriture ; que j’écrive ou non, que je compose ou non ; je pense à mon affaire. » (p.115) La seule édition de ce carnet de bord est un acte de revendication. Avec ma lecture et cette chronique, je souhaite en souligner la valeur.

Photographie

Je ne fais pas honneur à toutes les facettes du livre, ce n’est pas mon but. Pendant que j’y pense : l’édition (Les presses du réel – Hippocampe) est très agréable, quelque chose de rude et solide comme une paroi d’Aran, les pages émettent un son à la caresse. Quelques images, en ponctuation des récits, donnent des visages aux lieux évoqués, poétiques, esthétiques, épurés – et manifestent l’éducation ou du moins la culture photographique de l’œil de Jean-Guy Coulange. L’homme radiophonique porte ses mots comme le musicien qu’il est également, en osant les silences, les dissonances, les imperfections, il fait parler les instruments sans en jouer, en leur offrant un corps de résonance. Ce recueil de Jean-Guy Coulange Je descends la rue de Siam m’a fait beaucoup de bien.


Pour en savoir plus

Editions Hippocampe, presses du réel

Jean-Guy Coulange


Artiste polymorphe suisse

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