Kafka sur le rivage | Haruki Murakami – chronique littéraire

Kafka Sur Le Rivage Haruki Murakami Chronique

Haruki Murakami – Kafka sur le rivage

Je suis encore dans la forêt. Les phrases sont des lianes qui m’entourent, m’enserrent et me servent à avancer. Elle est belle et inquiétante. Le livre est une forêt. Le livre fini, la forêt continue d’exister. Entrer dans le souvenir du livre, c’est entrer dans une forêt. Une forêt psychédélique, un mélange d’hallucination et de tiges qui cognent, de racines sur lesquelles je trébuche, d’images qui m’enroulent puis s’évaporent. C’est très clair et très flou, un flou très clair, une opacité translucide. 

Kafka sur le rivage – onirique

Est-ce que j’ai aimé ce livre ? Oui. Je l’ai lu facilement ? Oui. J’aime les histoires parsemées d’imaginaire ? Pas trop. J’aime le réel, le vrai du réel, le contact indiscutable du réel. « Discutons des sensations du réel, mais pas du réel », c’est ce que mon goût dirait s’il pouvait parler. Même si ça se discute aussi, je sais, mais ça m’intéresse beaucoup moins. Pourtant, dans les lianes vaporeuses du livre, le délire de la pensée qui invente des choses que le réel ne sait pas produire, j’ai aimé me saisir de chacune et la laisser m’emporter à la prochaine, solide ou pas, tangible ou pas.

Kafka sur le rivage – un fils

Une histoire de fils perdu qui se sauve pour se chercher, se cherche pour se sauver, et qui fait des rencontres. Un père, une mère, une sœur. Plus rien qui ne tient. À moins qu’ils soient tous là. Aussi, dans un monde autre et consubstantiel, parallèle et intemporel. Difficile de rapprocher ça de ma vie. Une tentative de psychologie serait très analytique, très interprétative, très hypothétique. Je la devine possible, et très loin de ma curiosité. Et aussi, pas du tout nécessaire au goût, au plaisir, au voyage dans la forêt. Je souligne beaucoup la forêt alors que le livre ne s’y résume définitivement pas. Peut-être que c’est une forêt couveuse, une forêt matrice, qu’elle laisse une trace forte sans prendre plus de place que ça.

Kafka sur le rivage – un héros

C’est surtout Kafka qui est important. J’étais Kafka tout le livre durant, et un peu Nakata aussi – un autre même ? Je n’avais plus de mère, et peut-être que je la côtoyais, que je lui était encore confusément mélangé, plus de sœur et peut-être que je venais de la croiser de très près, de trop près, plus de père et peut-être que c’était de ma faute. Plus de moi, et peut-être que c’était nécessaire. Plus j’écris, plus je consens à reconnaître le dessin de théories psychanalytiques, presque trop grossièrement utilisées. M’échappe sans doute des choses remontant plus loin, des lectures archétypales du voyage initiatique. C’est ça, c’est un voyage initiatique qui n’en a pas l’air, une forêt initiatique posée dans un coin du récit sans avoir l’air d’être au centre. Un héros antique dans la peau d’un jeune adolescent, dont l’âme vieille comme un grand-père aux neuf vies de chat tenterait de lui frayer un chemin vers la fin de son initiation.

Kafka sur le rivage – un destin

À quoi échappe-t-il ? Il est question de destin, certes. Je n’ai pas l’impression pas que Haruki Murakami cherche des réponses, ni même qu’il pose des questions. J’imagine qu’il nous emmène dans la forêt où il s’est lui-même trouvé écrivant ce livre. Le livre a une fin : le dernier mot, de la dernière ligne, de la dernière page. Et il y a une détente, une ouverture, la fin de quelque chose aussi. Une sortie de forêt, sans réponse, mais avec soulagement. Un très beau rêve.

Kafka sur le rivage, Haruki Murakami, Chronique de Boris Dunand 2023


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