Chroniques littérature

La maison au bout du monde | Michael Cunningham – Chronique

Un peu eau de rose quand même, je trouve. Un aspect grand public, super bien écrit et réalisé, mais sans génie, sans folie – même s’il faut avoir du génie pour écrire un roman pareil. Et qu’il y a la folie douce des personnages, leurs excentricités. Comme contre-exemple, John Irving est timbré, ses livres hallucinés et hallucinants, carrément politiquement incorrect, frondeur, direct. Avec « La maison au bout du monde », Michael Cunningham flirte avec le politiquement incorrect mais ne prend pas beaucoup de risques. Ce n’est pas qu’il le faille, mais il semble vouloir démontrer que les modèles de vie acquis n’ont pas à l’être et qu’on peut vivre autrement (la famille typiquement), et ça reste gentil, je trouve.

On est dans la tête de plusieurs personnes, avec trois protagonistes principaux, mais chacun déroule sa pensée de la même façon. Chacun est brillante d’introspection, d’analyse des êtres qui l’entoure, mais aucun n’a, il me semble, son caractère propre, sinon dans le regard des autres : je veux dire que ça ne se sent pas dans l’écriture, ça ne transparaît pas dans leur voix.

Je me sens mal d’écrire cela, parce que le boulot est évidemment titanesque, la facture soignée, l’intelligence remarquable, et l’histoire belle. J’ai d’ailleurs cru au début être tombé sur une nouvelle perle pour moi. Mais j’ai tout d’un coup été sorti de l’envoûtement. Entre autre par des maladresses de récit à chaque fois qu’il faut faire passer les années rapidement, comme si au lieu de nous laisser remplir les creux avec notre propre imagination, il fallait nous dire ce qui s’était passé, sans y passer trop de temps, mais sans le traiter aussi finement que le reste de l’écriture.

Je vais utiliser une image dure et qui ne dit que ma subjectivité : je le rangerais entre les romans de gare et les grands auteurs, à mi-chemin. Il y a cet aspect lisse, film américain à grosse production, avec cependant des traits splendides d’écriture magique et originale, d’analyse étonnante des psychologies, une idiosyncrasie peu commune des caractères mélangée à des représentations standardisées sans aspérités.

D’autres romans m’ont giflé, abasourdi, tourmenté, surpris, estomaqué, percuté. Celui-ci m’a bercé, amusé, ému. C’est déjà beaucoup.


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