Ma vie avant Internet

vie avant internet

Ma vie d’avant l’Internet me manque.

Je n’ai plus envie.
Il y a quelque chose dont je n’ai plus envie, mais je ne sais pas exactement quoi.
Je sors marcher, avant tout. Ça me revient. Ma vie avant internet.
C’est d’une violence, ce réveil, ouvrir les yeux, regarder écran, passer aux toilettes avec l’écran sous les yeux, sous la douche petite pause sans l’écran, préparer le café, et retour à l’écran, assis, pour faire des choses à mettre sur les écrans de tout le monde.

Je n’ai plus envie. De quoi exactement ? D’une vie que je me suis faite et qui ne me convient plus. Quelle vie ? Justement, j’essaye de savoir. Je voudrais tout éteindre. Tout ce qui est relié à l’infini de la toile. Couper le jus, couper le fil.

Je me lève, je mets mon pyjama de ville, je sors marcher. Je regarde les bâtiments avec une certaine tendresse ce matin, ça me surprend. Je sors voir le monde. C’est vraiment ça. Ça me touche d’être vivant. Je sors observer ce qui m’entoure. Les maisons me semblent plus jolies que d’habitude. Je leur trouve un charme : la trace du temps, d’un autre temps que le mien, d’une histoire qui me dépasse. Et moi je suis là, de passage. Je me réveille, et au lieu de faire comme d’habitude, je sors marcher. Mon corps bouge, je sens mes hanches qui tentent de sortir du sommeil, ça grince, ça fait un peu mal. Je voyage. Je me demande : « Tu te sens en vacances ? » Non, pas vacancier, mais voyageur. Je me sens comme quand je voyage. Une étrange impression. Une évidence à vrai dire : c’est ça dont j’ai besoin.

Je ne sais pas ce que je ne veux plus, mais je sens que je veux ça. Voyager ? D’une certaine façon oui. Voyager hors de mes habitudes, bouger et regarder en n’ayant aucun projet, aucune intention. Mû par un élan, lui permettre de se déployer, de m’emmener, sans savoir où, pourquoi, comment, vers quoi. Et ça peut avoir lieu chaque jour, ici, depuis chez moi. Regarder le monde. Regarder. Regarder vraiment. Présent à ce que je vois. Avec des sentiments à la place des pensées. Il se trouve que c’est ce qui me donne le plus pour écrire, et que ça me donne envie d’écrire. Ça m’embête : écrire me rebranche instantanément avec ce dont je ne veux plus. Je ne peux être pris par cette écriture sans être immédiatement saisi par le sentiment de sa valeur (en fait la valeur qu’elle a pour moi, la valeur de ce que je me dis, la valeur qu’elle me rappelle) et imaginer le lieu de sa publication. Blog, livre, facebook, tumblr, twitter ? Tous ?!

Et déjà le voyageur ébaubi s’est transformé en personnage blessé à la merci de la validation réparatrice de ses congénères. Le tranquille bonhomme s’émerveillant du goût fabuleux qu’ont les choses de sa vie s’inquiète maintenant de pouvoir enfin obtenir les lauriers récompensant la sagesse de son message, la tendresse de son regard, l’intelligence de son langage.


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Artiste polymorphe suisse

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