COURTS MÉTRAGES PROSAÏQUES

Cuvée 2021

Juin 2021, je commence une nouvelle série. Un grand besoin de simplicité, et de prendre conscience de l’importance des choses les plus simples. Filmer pour m’inviter à me le rappeler sans cesse: tous mes vécus sont importants. Tout ce que je vis compte, a le droit d’être et a de la valeur, assez pour que j’y porte attention et que j’en garde trace. Un soin qui naît dans un terreau inverse, où fondamentalement j’ai tendance à dénigrer tout ça. Faire coexister ces deux instances.

Le but n’est pas de raconter ma vie. Ma vie est un prétexte à raconter quelque chose de la vie, ce que j’y trouve d’essentiel, et à le partager. En tant que créateur, fasciné par le processus créatif et sa complexité (pour moi), je tiens juste à témoigner de mes possibles, en imaginant que cela peut en inspirer d’autres.

Cette série de films qui semblait avoir un projet bien précis et fixe laisse déjà entrevoir ses inattendus. Je voulais avant tout me rappeler, en filmant, que tous mes vécus sont importants ; je m’aperçois que le geste de filmer l’emporte sur l’attention à ce que je vis. C’est certes une victoire de filmer malgré toutes les peurs et tous les auto-dénigrements, mais il manque de l’arrêt et de l’introspection pour vraiment entrer en matière avec mes éprouvés – tout file trop vite. J’avais prévu de tout dire en direct, parfois je n’ai rien à dire, alors je raconte après, mais nourri par mon vif besoin de spontanéité, je trouve plus facilement les mots et la voix qui fonctionnent aussi. À un moment donné, je filmais pour m’inviter à me rappeler que j’existe, puis j’ai perdu le fil et le plaisir. Partager ce que je vois devient tout d’un coup dominant, me fait chercher ce dont l’esthétique ou le mouvement m’interpelle autour de moi. Et aujourd’hui je filme pour souligner les petits morceaux d’enchantement. Demain je ne sais pas. C’est comme un documentaire sur l’autonomie du fil créatif, qui fraie sa voie entre les obstacles, avec les élans, sur les courants de ce qui a lieu dans ma personne. Les cibles que je nomme ne sont que de passagères étiquettes, les différents et imprévisibles visages d’une créativité en cours de déploiement.

Et découvrir la poésie, la gravité, l’intensité dans le quotidien, tenter de le mettre en évidence par la création.


Cuvée 2022

Printemps 2022, je me souviens de la joie éprouvée à créer ces courts métrages prosaïques en 2021. Le manque et le désir de retrouver la liberté me donnent envie de recommencer cette même facture. Petit à petit ils retrouvent une place, mais c’est en mai que, lors d’un congé de cinq jours, je reprends réellement le fil et trouve des axes guides: « me laisser surprendre » dans un premier temps, puis « ce que j’aime ». Le défi reste le même: prendre le risque de donner de l’importance à ce que mes exigences dézinguent sans cesse, et plus encore: le montrer, le mettre en forme et le partager – avec en plus le culot et le prétention d’en faire des petites œuvres filmiques réflexives, exploratoires.