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Le repos du guerrier – image poétique

Labourer ce champ. Une obsession. Les sillons, encore et encore. La première pensée du matin, le dernier geste du soir. Évincer du corps tout autre mouvement. Œillères en place, cheval de traie, suivre la ligne, faire demi-tour, avancer, faire demi-tour, continuer coûte que coûte, les bords du champ sont invisibles. Il faut porter ce poids sur les épaules, n’entendre que la voix du maître, la décision, pousser dans les sabots, dans la terre, toujours la même terre, et tirer, tirer ce poids invisible, derrière, dedans. Plus le choix, c’est la seule option pour espérer les fleurs et les fruits avant que la sécheresse n’arrive. Nous avons attendu un peu trop longtemps, il ne reste plus que quelques semaines. Cette urgence nous aide, nous résout, nous contient. Les possibles se sont raréfiés.

Pendant la nuit, le désir fait rage. Les corps sont nombreux, les paysages immenses. À ce que le jour réduit au silence, le rêve permet de crier. Les nerfs tendus se crispent davantage, la mâchoire cisaille les dents, la chaleur irradie depuis le centre des os. Ce que la lumière et la nécessité ont empêché pendant tout le jour d’exister, survient là, en mille fantasmes contigus, enchevêtrés de voyage, de sueur, de voix rauques. Tout ce qui n’a pas trouvé le chemin du réel hallucine, vibre et palpite sur les toiles oniriques, transpire au bord de la peau. C’est un autre épuisement. Éveil rachitique, courbé de privations, d’un sommeil sans béatitude.

le repos du guerrier - boris dunand - fujifilm photographer

Regain de souffle

Pourtant il a suffi d’un seul appel, d’une proposition. Un seul visage et sa voix qui dit les mots inespérés, attendus. Le cœur des muscles prend une immense respiration, se gorge de vent, d’espace. Le masque éteint, revit, le teint pâle rosit. Il suffit qu’au creux soit proposée une plénitude, au problème une solution. Le champ est toujours là, mais sa contrainte est longée d’escapades et d’oublis. Le rêve revient dans le jour, et le désir retrouve ses voies chéries. De retour là où il est besoin d’être. Le soulagement des épaules, quand le joug disparaît, quand la corde tendue redevient élastique, vivante.

Le repos du guerrier.

Comme, après une longue lutte refusée, un combat mené sans y être, l’une de ces quêtes qui ne peut être reçue comme venant réellement de soi, et tout ce qu’elle engrange de tension et de raideur, comme après l’une de ces guerres intestines, l’heure où elle se termine, sur une plage, où tout ondule, vogue et plane. Le corps alangui s’abandonne au sol, le regard en promenade se laisse séduire, la lenteur des pas, toute de présence et de profondeur. Des êtres disparaissent dans les flots de leur baignade, ils nagent entre le rêve et la réalité, se confondent aux voiliers, à la mer, au nues mauves et bleues. Tout le ciel respire dedans. Le poing serré s’est mué en pieuvre plongeant dans le sable. Soupir. Le soupir du repos. Le repos du guerrier.


 

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Boris 


 

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