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J’abandonne trop facilement (mon territoire)

LES AMÉNAGEMENTS INTÉRIEURS


Il y a deux grandes couleurs qui flottent en moi aujourd’hui. Deux grandes voiles qui ondulent en l’air, comme deux cœurs plats et souples, soutenus par leurs intrinsèques vibrations au milieu de l’atmosphère. J’abandonne trop, mais jamais complètement, comme ces deux voiles, comme ceci que je raconte.

LE DÉSINTÉRÊT DU PAPILLON

Les mouvements de l’un m’évoquent une solitude très particulière : ses coins semblent se tendre dans des directions précises, et tenter de saisir le bord de nuages dont je connais les noms. Il y a des élans privilégiés qui se révèlent et qui souhaitent être nourris, il y a le désintérêt du papillon, des accumulations, des anecdotes et des spores déposés au hasard, et sans réel désir. Oui, quelques visages amis depuis longtemps, négligés pour toujours aller voir ailleurs. Et cette solitude me rappelle qu’ils sont là, que c’est vers eux que s’adresse la longitude de mon élan, le temps long de mes affections.

J’ABANDONNE TROP FACILEMENT

L’autre grande voile vibre à plus courtes respirations, mais plus amples aussi. Ses ondes sont plus rapprochées les unes des autres, mais elles creusent de plus grandes vagues. Le repli, puis la domination. Je devine le sens de son allégorie : depuis cet été se manifeste à mes yeux une façon caractéristique que j’ai de battre en retraite. Tandis que j’ai toute légitimité, et que je reconnais le vécu qui défini mon territoire, pourtant, je laisse, j’abandonne, je donne, je lâche ma prise. Je préfère cela à la bataille. Je préfère la tranquillité et l’honneur imaginaire de mon geste, plutôt que le conflit, la tension et l’intensité. Mais ceci est un aménagement, une organisation de façade, car dessous, en réalité, ce que j’éprouve n’est pas si simple, ni si doux, ni si tranquille. Et comme par hasard, soudainement mon sommeil est entaillé d’une méchante humeur. Au milieu de la nuit, la pulsion reprend sa vie et me l’amène sous les paupières. L’aménagement qui souhaite éviter tout l’inconfort d’une affirmation de ma position, suscite une affirmation très inconfortable de mon indisponibilité au sommeil : un feu fait rage. Tant mieux ! Tant mieux ! Heureusement qu’il ne se laisse pas si facilement éteindre. Heureusement qu’il abime si bien ma nuit que je ne peux pas continuer de l’éviter – je ne lévite plus sur mon nuage amène et pur, il y a de l’orage dans mes chairs. J’abandonne trop facilement, mais jamais complètement.

COMMENT FAIRE

Ces deux grandes toiles suspendues, colorant mon ciel de teintes mélancoliques et amères, m’indiquent deux cœurs à entendre, à sentir et incarner. Je m’y allonge, je ne pense pas, je ne cherche pas à comprendre, à en faire quoique ce soit, je ne leur mens pas à leur dire que c’est fini, que ça ne se passera plus comme ça, je monte plutôt sur leurs dos, dans leur ventre, au creux de leur balançoire, et je me laisse habiter par leur vie. Je sens dans mon corps, leurs vraies présences, palpitantes, sensibles.


Je joue une chanson de Sharon Van Etten qui m’évoque ces commerces intérieurs.

 

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