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Ranger, ordrer, trier – un processus créatif ?

Groupe d’exploration hier soir.

Au milieu des autres, dans la salle. Coincé dans mon appartement. Le rangement, l’élagage, le tri, les ventes, l’infini de la tâche. Emmuré dedans. Sur le sol, debout en marchant en diagonale, tête emmitouflée dans cette pensée-là, sans respirer, n’aspirant qu’à une seule chose : être libéré pour rentrer et m’y mettre. L’intensité telle que le projet devient fou : nuit blanche et tout le weekend, mais semaine prochaine c’est fini, je n’en entends plus parler. J’attends que cela finisse pour me mettre enfin à ma vie : ma créativité.
Tout cela a pris un sens différent au moment de la parole.

J’avais prévu de demander à partir, de dire qu’exceptionnellement j’avais besoin de rentrer et de faire ce que j’avais à faire. Je m’attendais un peu à être ébranlé dans ma décision, mais pas à saisir l’importance de vivre cette première heure comme je l’avais vécue.

« Me mettre enfin à ma vie ». Il y a cette décision : ça c’est créatif, ça ça ne l’est pas. Ça j’en veux, ça je n’en veux pas. Pourtant, en m’écoutant parler, en écoutant les retours et les questions des autres, je vois bien que le processus en jeu est le même, éminemment intime, éminemment mien, éminemment créatif. Ça a été facile de rejeter l’intendance tout le temps, ce n’était qu’une chose à faire, chiante par-dessus tout, pénible, contraignante. Je me trouve embarrassé de la voir devenir un processus intime et créatif, dont le résultat est ma place de vie, l’œuvre de mon chez moi. C’est déroutant.

Ce matin je suis avec la question : « D’y trouver du plaisir, serait-ce le risque ? » D’être dérouté de ma conception de ce qui me plaît, ce qui compte, ce qui est important. Pour l’instant la question m’éloigne de ce que je sens, mais je la laisse traîner là.
Ne considérant tout cela que comme pis-aller, rien d’important, rien d’intéressant, et viscéralement inquiet d’avoir à partager des choses créatives intéressantes, belles, captivantes, profondes. Empêché d’être sur le chemin qui me donne des choses à dire, des choses à partager, à montrer, à revendiquer.

Je cherche ce qui est insupportable. Hier soir, confronté au seul lieu, épuré, de moi et ce grand chantier, j’étais pétrifié, je ne respirais plus, bougeais les extrémités de mes membres comme seuls lieux d’expression de mon irritation, je suffoquais, le corps tendu, immobilisé, enragé, ruminant dans ma tête les images de ces objets que je veux voir disparaître au plus vite, des travaux qu’il reste à faire pour installer tel autre objet utilitaire, des choix pour chacun (vendre ou donner ou jeter, vendre tel quel ou vendre nettoyé, à quel prix, sur quelle plateforme, attendre combien de temps, ou poser en attendant…). C’était vraiment pénible, vraiment pénible, j’étais à deux doigts de demander à partir tellement je me sentais exploser de l’intérieur. Il me fallait faire, agir, prendre et exécuter. Pourtant c’est bien cette étape qui est difficile, et si à ce moment là elle était empêchée de fait, elle l’est en fait souvent subjectivement : quand je peux faire, parfois je n’y arrive pas, l’intériorité prise dans les mailles de la complexité de mon entreprise et de mes sentiments à l’égard de cette entreprise et des objets particuliers me ligotant. Et c’est le même insupportable. Un sentiment d’impuissance ? Que nous avons d’ailleurs évoqué pour quelqu’un d’autre. Choisir revient à perdre, à ne pas savoir ce qu’il se passe dans le scénario alternatif, à se tromper peut-être. C’est un pari sans filet de sécurité. Et je n’arrive pas à sentir clairement mes choix ces temps, je n’ai pas cette information, flotte dans quelque chose de mal défini, qui fait mon indécision. Le fantasme qui revient souvent, c’est la table rase : prendre et jeter, prendre et pouvoir me défaire de tout sans la moindre friction, que d’une heure à l’autre, le dilemme soit résolu, que tout disparaisse à l’intérieur de moi (plus d’objets, plus de choix, plus de pensées autour de ça, plus rien du tout) – ça c’est la résolution ultime : à prendre comme une information par contraste, elle me dit quelque chose de l’insupportable.

Je ne sais pas encore. Je cherche.

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