Comment se soutenir entre artistes sur les réseaux ?

Comment se soutenir entre artistes sur les réseaux ?

« Abonnez-vous les uns les autres ! » – François Bon.

François a lâché ça en toute fin de la réunion hier sur Patreon, en laissant bien entendre la référence et le second degré. Tout le monde est parti d’un grand éclat de rire. C’était vraiment joli. Les échanges ont été si riches que des dizaines d’amorces auraient mérité qu’on puisse en tirer les fils longtemps ! Je vais me permettre de tirer celui-ci, et c’est l’occasion de dire merci infiniment pour l’invitation à François.

Les risques

Je vois vite les revers de s’abonner les uns aux autres, et j’en suis embarrassé. Car j’entends bien l’invitation de François et le souhait de soutien d’épaule contre épaule, de force trouvée ensemble. Mais il me semble que ça pourrait risquer de faire l’inverse. Je pose donc ces observations :

D’un côté, quelqu’un qui s’abonne mais qui ne s’engage pas, qui n’est pas réellement intéressé ou touché, ce n’est pas bon pour notre présence en ligne (en terme de signaux aux algorithmes surtout, mais aussi affectivement : la différence radicale entre 10 abonné-es avec qui converser, et 100 abonné-es silencieux-ses).

Et de l’autre s’abonner sans une réelle connexion à ce qui est publié, ça peut vite faire beaucoup de bruit et de confusion dans un fil d’abonnements : ça prend très vite la place d’objets qui disparaissent de nos flux (de nouveau par sélection automatique des algorithmes), et ça peut noyer dans la masse les quelques pièces qu’on met tant de temps et de soin à rencontrer.

Le bénéfice au final me semble moindre pour les deux parties. C’est l’expérience que j’ai faite, d’un côté comme de l’autre de ce troc. D’un côté, de nouveaux et nouvelles abonné-es qui rendent mes publications moins visibles pour celles et ceux qui étaient là et peut-être plus engagé-es. De l’autre, m’abonner et ne plus voir ce qui m’importait davantage.

L’enjeu

Laure Humbel a souligné qu’on ne peut pas se reprocher de ne pas se soutenir assez les uns les autres financièrement et qu’il en va plutôt d’une politique culturelle. Il me semble qu’on n’est pas très loin de cette question. Car, si le soutien de rayonnement venait d’en haut, nous serions épargné-es d’avoir à en porter toute la charge. En effet, entre nous, il n’en va jamais tant de la qualité de nos productions, que des connivences éprouvées. C’est une histoire d’affinités, loin des questions de réciprocité, de politesse, de considération ou d’évaluation. Et c’est peut-être le mélange de ces aspects qui rend la chose délicate ?

Comment se soutenir efficacement ? Comment se soutenir par complicité de geste, sans forcément pour autant éprouver un réel désir de rapprochement ? Je n’ai pas les réponses… J’ai par contre le sentiment que l’énergie mise en œuvre par François Bon pour créer des ponts et favoriser la possibilité de ces rencontres heureuses en est une des possibles.

François Bon: Patreon / Chaîne YouTube

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2 commentaires

  1. là en atelier, peux pas développer réponse, mais ça semble aller de soi, en fait : on est là parce que déjà on est dans ce processus d’écoute, voire d’engagement – la chose qui change, c’est notre responsabilité, individuelle autant que collective, d’aller chercher ces infos et ne pas attendent qu’elles viennent à nous via les algos — aucun d’entre nous n’a à s’encombrer de ce qui ne l’intéresse pas, mais justement : le déficit est dans le partage de ce qui nous rejoint…

  2. Oui, c’est ça: « le déficit est dans le partage de ce qui nous rejoint ». Moi c’est là où je sens que je peux vraiment développer une attention et des réflexes de rediffusion qui font pleinement sens.

    Merci d’avoir pris le temps François ! Cette petite note supplémentaire me donne la meilleure piste de réponse à ma question.

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