Artiste c’est un travail ?

Artiste, un travail à temps complet

Comment faire comprendre tout ce temps nécessaire à la créativité ? Le temps en amont, le temps de se préparer, d’y penser, de s’y mettre. Celui qui précède à la création: le besoin pour l’artiste d’être libre de ne penser à rien, de savoir que les heures qui viennent sont vierges d’attentes, qu’elles ont le droit d’être impensées, vides, creuses, sans objet. Et le temps en aval, le temps de pouvoir y rester, de s’y perdre, de ne pas y arriver… et d’attendre, d’attendre, d’attendre, en ne faisant rien d’autre, concentré, attentif. Comment faire comprendre que ce n’est pas un temps de loisir.

Un investissement total

Toute cette place dehors, toute cette place dedans, prises, occupées, investies. Toute la place que ça prend dans un agenda, dans une relation, dans le porte-monnaie et toute la place que ça prend dans les pensées, les émotions, les projections, les souvenirs, les espoirs. Une sueur intime, une sueur de rencontre, des difficultés de l’esprit et du corps. Faire n’est pas simple quand il n’y a pas de plan et que le geste livre l’intimité, engage le personnel, le vulnérable. Sans salaire a priori, seule la satisfaction de l’aventure, sur le moment, et de l’accomplissement parfois, après. 

Artiste, un travail qui ne s’arrête jamais

Je suis sensible ces jours aux personnes qui m’envient d’avoir fini mes heures de travail en institution. Je comprends. “T’as de la chance d’être en weekend.” Mais ils ne savent pas que les heures qui viennent sont des heures d’implication totale et sans limite. Ce qui m’attend, ce n’est pas du loisir, de la détente, de la tranquillité, mais de la recherche, de l’exercice, une foule d’essais et d’erreurs, d’organisation, d’efforts. Le weekend n’existe pas, l’abandon du soir n’existe pas non plus. Cette pression à créer, à dire, à exprimer est constante, elle s’infiltre partout et elle demande, exige, reste infiniment sur sa faim, incomplète, jamais guérie. Je ne suis pas si sûr que cette occupation-là soit plus confortable, plus agréable, plus simple, que celle de mes heures pour l’institution et le salaire. Elles sont moins définies, plus solitaires, sans rétribution, sans légitimité donnée, elles doivent se battre pour exister, on ne leur ferme pas la porte dessus pour en sortir, je ne peux pas badger mes entrées et mes sorties de fonction.


Artiste polymorphe suisse

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