Réveil aux yeux fripés comme un cul de singe.
Le corps sous la douche. La nuit s’efface un peu.
Déjà plein de questions.
Tu veux faire quoi ? On fait quoi ?
En parallèle, flou et incertain, un souvenir me vient : dimanche matin d’enfance, à la maison, encore groggy de sommeil, regarder des dessins animés à la télévision, en pyjama. Un doux et tranquille bonheur.
On fait quoi ? Des images défilent. Me voilà sur mon vélo, arrivant au lac, du café dans mon sac, un livre, la plage de cailloux avant la cohue. Certes, certes. Le train qui va à Lausanne, ou celui qui monte au Jura. Partir avant tout le monde, profiter du calme. Certes, certes.
Je me suis épargné mes étirements quotidiens, et je suis passé directement à la douche. Les images passent, tentantes et exaspérantes, tous ces sympathiques possibles et moi qui me réveille, moi qui ne sais pas. Une souveraine résistance garde mon calme à l’abri, mes gestes dans leur lenteur. Je ne saurais pas dire si je respire.
Je me sèche. J’essaye de sentir. Je mets de la crème adoucissante sur ce qu’il me reste de cheveux. Je passe les images sous mon front : lac, Jura, Salève. J’étale du déodorant solide sous mes aisselles. Je regarde mon visage dans le miroir, j’ai récupéré quelques années sous la douche. Je n’ai aucune réponse. Les questions continuent de me solliciter : ça presse un peu, le temps passe, le soleil monte, les autres se réveillent, le calme de la ville est menacé, mon dimanche se rétrécit. Je suis debout depuis 10 minutes. C’est déjà la guerre.
Je fais ce que je vais faire de toute manière : du café. Je le mets dans un thermos, on sait jamais. L’indécision a enroulé ses deux bras autour de ma taille, logé sa tête sur mon épaule. Je vais à la fenêtre grande ouverte. Je me demande si j’ai envie d’être au bord du lac. Je tergiverse. En silence, le regard perdu, les lèvres closes. L’indécision agrippée à mon dos.
L’image de la TV me revient, nostalgique et tendre, les parents pas loin, ma sœur à côté. Je ne me pose alors pas la question : « Est-ce que tu ne devrais pas faire autre chose ? » Peut-être qu’elle vient de la cuisine ? « Vous n’avez rien de mieux à faire ? » Ça a dû arriver parfois. Mais pas cette fois, pas ce matin-là.
Je m’allonge sur le canapé. Une tristesse monte. « Tu ne sais pas profiter de la vie. » Me voilà fatigué et coupable, triste. Je veux m’enrouler dans des habits chauds. Ça dure un petit moment encore, à passer d’un scénario à l’autre. Soudain, c’est clair, j’ai envie de me glisser sous la couette des mots en racontant tout ça.
« Tu ne profites pas assez de ta vie. »
La tristesse après, j’ai de la peine à identifier si elle manifeste un accord avec cette pensée, ou plutôt un contrecoup de la violence émise par cette phrase. Qui annule ce que je fais en réalité, et dénigre mes choix, mes goûts, mes préférences. Je devine un peu la réponse.
(Boris Dunand, dimanche 20 septembre 2026)
