Les stratégies de malheur

Je crois que le seul fait de réfléchir à un titre (de film, d’article, etc.) en fonction du SEO a au moins deux effets pervers sur moi: non seulement je réfléchis à partir de critères externes, objectifs, et du coup je perds en résonance intime pour choisir un titre qui fasse complètement sens, mais en plus après coup, quand je trouve que ça ne fonctionne pas bien, je suis deux fois plus frustré: je ne me reconnais pas dans ce que j’affiche, qui en plus n’attire pas plus de retour que ça.

En outre, je devine que ça participe à me mettre dans un rapport à ma créativité et à mes créations « malsain », non désiré. Ça m’installe et me positionne en quêteur d’attention, je pourrais presque me sentir me métamorphoser intérieurement pour m’adapter aux règles de la plateforme, et perdre toute ma substance. Le Boris qui a terminé son truc et veut le partager se retrouve sans aucun repère interne: mes goûts, ma vision, mon désir, mes façons, tout ça est effacé par une règle externe qui dirait comment il faut articuler les choses.

C’est d’autant plus délicat et difficile que très souvent, juste après avoir fini un film ou un texte, il me manque le recul nécessaire pour me saisir d’une façon synthétique de ce que cet objet raconte et je mets du temps à trouver le titre qui fait évidence. Il arrive souvent plus tard.

Je me rappelle quand j’ai découvert qu’il existait des stratégies pour présenter son travail. Je me souviens m’en être voulu et m’être senti bête, stupide et pas futé. Je réalise aujourd’hui qu’en fait c’était l’inverse: j’étais bien plus malin et affûté avant de commencer à vouloir utiliser ces stratégies. Du moins si l’on considère que l’intégrité est une forme d’intelligence, de voie souhaitable, car non aliénée, indépendante, vers une réalisation authentique de sa personne.

Ça vous inspire ? Accédez à mon Patreon pour des avantages !
Become a patron at Patreon!

Laisser un commentaire