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L’ennui vu dehors était dedans

JE M’ENNUIE


Pour dire quelque chose de l’insaisissable, il me faut retrouver ces anciens chemins. Pas de ceux que je dessine devant moi et sur lesquels je me projette en avant. Plutôt de ceux qui se creuseront peut-être au dedans, si je parviens à renoncer aux seules décisions du moment : me rendre disponible, écrire, trier le moins possible. Et regarder. Une absorption du dehors par le dedans, et inversement.

Je ne vois rien, tout est si gris, si plat, si identique… Si, peut-être ces corbeaux, leur vol d’une antenne à l’autre, leurs manifestes combats de territoire – souvenir véridique : j’ai vu cette année un corbeau tuer un pigeon à coups de bec et de griffes, au sol. Cette vision brutale me glace le sang à nouveau. La tendre beauté de la nature est celle que l’on choisit de voir – une évidence crument représentée sous mes yeux, sidérés par l’acharnement d’un être vivant sur l’autre.

Les corbeaux. Et je commence à voir aussi le ton uniforme de tout ce qui m’environne. Teintes grises et marron lavasse, vieux parasols ternis par la pluie, ciel de craie sale, lumière basse et floue. Le triste ennui du dedans se pose sur ces images que je ne voulais pas voir. Les corbeaux s’agitent encore comme seules traces vivantes – celles que j’ai préférées dans un premier temps, qu’il m’était plus facile de percevoir. Pourtant, soudainement, tout le reste me touche tout autant. J’y vois aussi un temps aplati et qui, tel un fleuve à la surface impeccablement lisse, descend sans attendre un instant, voleur discret des choses qu’il me pourvoit. Oui, je reconnais cet ennui, cet identique, ce monocorde chant du dehors, ce même qui se répète du toit aux fenêtres, du ciel aux arbres, de la pluie aux flaques. Ils existent dedans. Inertes éléments que je garde en vie à coups de plume et de pinceaux, que je réveille en leur extirpant des images moins vraies que le réel mais aussi réelles que le vrai. Mes anticipations font de même, me suggérant à petites pincées frissonnantes d’aller voir la mer, de saisir la route et de descendre voir autre chose. Mais oui, je m’ennuie, je m’occupe au mieux dans mon ennui, je creuse dans mon ennui des pièces de partage, des petites créations.


JE CHERCHE – un de mes minis films poétiques qui résonne avec le thème de ce texte.

 
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Un autre texte sur cette projection du dedans vers le dehors: Ma subjectivité intente-t-elle le monde ?


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