Une vidéo de mes photos du Portugal: étapes du processus
1 – Un diaporama ? Bof
Absolument pas YouTubesque. Pour l’instant, diaporama certainement très ennuyeux.
Mais important pour moi : mes photos, mon voyage, mes souvenirs, mon regard, mon édition. M’a permis de trouver des familles, des échos, des assemblages que je n’avais pas vu jusque là. Et ce, facilement, sans batailler, avec plaisir.
Ces assemblages ont mis en valeur mes images d’une façon qui m’a moi-même surpris. Je ne sais pas quoi en faire. Mais je crois que je tiens à le partager (?). Et pour l’instant, je n’ai aucune idée comment. Je sais juste qu’en l’état, et ça me semble absurdement paradoxal, mon besoin de partager restera frustré, personne ne regardera 8min de photos.
Possibles :
– découper en plusieurs vidéos de 2-3min
– m’enregistrer pour moi des paroles spontanées et authentiques et simples de mon rapport à ces images, de mon rapport à ce diaporama pourquoi pas, des questions soulevées par François Bon récemment
– ajouter des sons organiques (en ai-je vraiment envie ? C’est du boulot)
– en discuter avec… ?
2 – Sons et voix off
Hier j’ai bossé sur le film photo du Portugal (cf. Patreon), avec plaisir. Après avoir noté tous les types de sons qu’il me fallait, j’ai pu tout habiller en n’utilisant que les captures audio réalisées sur place en filmant. Je les ai coupées et glissées sous les images. Je viens de regarder un grand bout de l’export en réalisant que j’avais eu une autre idée en fait : mettre une bande son par chapitre, plutôt que sous chaque plan. Plus simple mais moins facile. Par exemple: pour la première partie, j’aimerais trouver quelque chose comme un bourdon avec des sons de végétaux et de minéraux. Le deuxième, une sorte de vent solaire et des bruits liquides. Mais franchement, le déroulé des images, grâce à la cohérence trouvée entre elles, fonctionne assez bien. Et j’ai senti des mots venir et profité pour écrire une voix off poétique pour plus de la moitié du film. Surpris et content. Oui, car, pour faire suite à mes interrogations concernant mon envie de faire ce montage, j’ai trouvé un bout de réponse en rentrant à vélo l’autre soir, comme une évidence: pas un film sur la photo, pas un film réflexif, pas un film de coulisses, non: un film poétique, un voyage immersif en racontant des choses inspirées sans lien avec le voyage, une création à partir du montage, une extension, une histoire, une autre histoire quoi.

3 – Retour à l’intuition
Hier, je suis allé dans le sens de l’intuition que j’ai eu quelques heures après avoir regardé le dernier export vendredi : j’ai complètement désossé et désarticulé la voix off. Il en reste des bribes et l’ordre est complètement rebrassé. Pas la première fois qu’une voix off écrite devient une sorte de matière première que je triture et déforme. Comme si je réalisais une petite statue qui a sa propre forme, mais qu’une fois intégrée dans une pièce plus large, il faut la retailler pour qu’elle trouve sa place dans l’ensemble. Sinon, elle attire toute l’attention et le film en est dénaturé.
4 – Finaliser
J’arrive gentiment au bout du film du Portugal. Je note ceci de surprenant, sans savoir si c’est un tant soit peu objectivable : quelque chose apparaît qui n’est pas une série de photographies. Il me semble qu’on peut presque ne plus se rendre compte que ce sont des photographies. C’est un objet sonore-visuel-pensif qui fait corps. Il faut activement décortiquer pour se dire : ah mais attends, c’est une photographie, ou c’est lui qui a écrit ce texte, qui a cette voix, qui pose ces paroles ainsi. Ça devient une expérience, un tout. Très étrange. Ça me semble bon signe, même si je devine en moi quelque chose qui dirait : oui mais eh oh, regardez les images quand même, considérez les comme des photographies ! J’aurais tellement de zines à faire….
LE FILM
Le texte original
1.
Tu ouvres les yeux
et tu ne connais rien
tu ne sais pas ce que tu regardes
peut-être même que tu ne sais pas que tu regardes
tes yeux sont ouverts, des formes apparaissent
elles se ressemblent un peu
Proches, étales, géométriques
tu entends une voix en toi qui dit: c’est merveilleux
2.
Une profondeur se dessine
L’espace s’allonge
Tu découvres la profondeur
La possibilité d’un paysage
à travers des transparences
Il se reflète, il s’illumine
il se termine
Tu entends une voix qui te dit: c’est incroyable
3.
Bientôt les indices de présences
D’autres vies que la tienne
Elles laissent ici et là
Les signes de leur passage
Tu te dis: comme c’est étrange et délicieux
Tu te réjouis de voir encore
Partout tu vois des totems
Aimantés par les cieux
Le soleil les avale
La mer leur lave les pieds
Ton visage leur sourit
Ton coeur n’en peut plus de s’attendrir
Tu fermes un moment tes paupières
5.
Tu rêves un long moment
Et tu te vois traversant les paysages
Tu visites en souvenir les ruelles, les plages, les chemins sauvages
Derrière tes paupières closes
Le monde déverse ses couleurs, ses sons, ses matières
En attendant
Tu te reposes un peu
6.
Quelque part dans le monde
Des atrocités ont lieu
Tu le sais, tu l’oublies
Tu ne sais pas quoi faire
Tu essayes de ne pas en commettre
