Je fais des films, j’ai encore un doute à savoir si ça vient bien de moi.
Je suis étranger à moi-même dans cette image, mais peut-être pas tant dans l’action. Je me suis senti pleinement investi dans le dernier : du vrai désir, du vrai plaisir, de la patience, des idées organiques, de la surprise. Une satisfaction.
Mais dans l’image, la représentation, je me reconnais plus facilement si je dis : je fais de la photo, j’écris un livre, je chante. C’est plus connu. Plus auto-validé aussi. Plus balisé.
Mais je peux dire aussi : je préfère. Je me préfère dans les autres. Plus valorisé. Plus rêvé, fantasmé. Pendant des années, je me suis imaginé devenant et étant musicien, photographe, écrivain. Jamais filmeur ou réalisateur. Pas eu le temps : ça m’est tombé dessus (cf. biographie), je me suis fait prendre, presque je me suis fait avoir. Comme si je n’avais pas vraiment choisi de faire des films. Et maintenant ça prend le pas sur tout le reste. Avec toujours cette question : et s’il n’y avait pas le Web pas YouTube ?
Quel lien y a-t-il – y a-t-il un lien – entre la facilité de partage, la puissance de diffusion, la résurgence à long terme des contenus, et cette prédominance de la vidéo dans mes productions ? J’en ai le sentiment.
Je pense aux autres projets quasiment terminés qui attendent que j’aie fini mon dernier film pour que je revienne vers eux. Et il y a toujours un nouveau dernier film : c’est trop tentant, trop facile de filmer la vie du présent et d’en faire des films à la pelle. Je néglige des objets importants au bénéfice des vidéos, ça ne fait aucun doute. Employé à 50 %, je peux faire beaucoup, mais je ne peux pas faire tout.
Ça pique toujours un peu. Une petite douleur. Une douleur quand même.
J’y fais attention. D’expérience en général, ça porte ses fruits.
Aucune idée d’où ça va.
