Ne plus rien expliquer

Pensé cette nuit qu’à force d’écrire pour Patreon, à force de disséquer mes processus, de chercher à expliquer, partager clairement, didactiquement – et ça date d’avant Patreon, de toutes ces tentatives de transmission de connaissance sur du matériel, du geste ou de la cognition, j’ai développé à l’écriture un rapport qui me rappelle celui de mes études universitaires. À l’époque, j’étais presque outré, désespéré en tout cas, de voir mon écriture altérée, déviée, parasitée. Vidée de ce qui était originellement son essence même. Ça me révoltait. Je me souviens de refus et de colère. Mésaventure, errance, perte, dérive. Et d’une hâte d’en avoir fini avec l’esprit scientifique.

Enfin revenir à la poésie, au rêve, au roman, à l’imaginaire. Ne plus rien expliquer. Mais faire vivre, me faire revivre, par la parole, des sentiments, des impressions, des éclatements mnésiques et oniriques, une subjectivité totale (dont je raffole particulièrement ces derniers mois avec Murakami, ou Zoé Valdes plus récemment). J’avoue que cette nuit, je n’étais pas très loin d’avoir la sensation d’une entrave chevillée au corps, d’une camisole étrangère qui m’embarrasse et m’étouffe. La colère est moins vive, pour l’instant, car l’obligation vient de moi, et j’y trouve (je crois) des bénéfices. Mais il y a comme un filet d’air venu d’une pièce toute proche – et ce n’est pas tant son odeur que la densité de son oxygène et les largeurs pressenties de son espace qui m’attirent et me tentent.

Si j’arrêtais complètement d’écrire pour expliquer, est-ce que ça me manquerait ? Ce que je sais, c’est qu’écrire pour rêver me manque, beaucoup.

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