La colère et la caresse

Finir et publier un film, c’est parfois comme un acte de définition, d’apparition. Un je suis là. Prendre place dans le monde. Apparaître, me définir. Prendre une revanche sur tous les effacements du dedans et les rabrouements du dehors. La revendication de quelque chose, d’une légitimité à être, à exister. Dedans, il y aurait presque un commerce entre la mesure de ce qu’on a tenté de réduire et le territoire que ça va chercher en compensation. Un calcul d’épicier. Revanchard oui. Colérique et décidé. Je suis là, moi aussi.

Hier soir, sur le trottoir, un chat blessé et craintif, seul absolument. Tout lui fait peur. Il n’aura jamais rien de ce que les autres semblent avoir. Il a l’habitude, ce n’est plus si terrifiant, si dévastateur. Mais chacun de ses pas remue le goût d’une défaite invariable. Il n’a pas envie de rentrer chez lui. Sentir l’air doux qui précède la pluie l’apaise comme une longue caresse. Dans sa cache, les démons l’attendent. Autant rester dehors, longtemps, lentement dériver dans les rues, garder l’espoir d’un regard, d’un visage, d’une main tendue. Une caresse sur sa nuque, une caresse dans laquelle il s’endormirait, contenu et rassuré.

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2 commentaires

  1. Tout geste créateur est dans son essence un acte de « définition », de « revendication ». Je suis là, je suis vivant.
    Peut-être une revanche « sur la vie » dit-on, mais pas toujours, et pas seulement…
    Surtout cette attente en nous…
    (l’image du chat blessé me touche… elle demeure après la lecture)

  2. Bonjour Françoise ! Merci pour ce petit mot 🙂 Sans doute oui, tout geste. Et complètement d’accord sur le « pas toujours et pas seulement ». L’image du chat m’a surprise, elle me semblait exagérer mon vécu, mais peut-être plutôt le rendre très précis et très conscient. Elle me dévoilait presque trop ! Touché qu’elle reste… Bon dimanche!

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