Depuis peu, deux mondes dont la scission était savamment orchestrée et dûment surveillée commencent à pouvoir se supporter, au sens figuré et propre : se porter l’un l’autre, se servir de support mutuel. Une nécessité ontologique subie, dont je voyais les méfaits sans pouvoir l’organiser autrement. C’est en train de bouger.
La possibilité – très nouvelle – de mixer création et contraintes ordinaires : laver, ranger, payer, organiser, aménager, etc. Comment ça change le rapport à ces vulgaires obligations. Au lieu de cet empilage habituel, repoussé dans un coin de la semaine, voilà que je peux m’y mettre petit à petit, une par une, entre deux créations, au moment où je bute contre une difficulté, un vide, un creux. Et que je te nettoie la baignoire hier en écoutant du Bon Iver et en chantant, et que je me remette à mon texte quand c’est propre… Plutôt que d’avoir ces jours dédiés à la chianterie, les montagnes que ça fait, l’emmerdement considérable jusqu’à saturation à chaque fois. Alors que là, des petites doses, tandis que je suis habité par un processus en cours. C’est génial.
Je fatigue ? Besoin de me lever un coup ? Je sais pas sur quoi j’ai envie de bosser maintenant ? Va lancer une lessive, va planter un clou, va nettoyer les chiottes, ça fait du bien !
Avant c’était soit l’un soit l’autre, mais certainement pas à mélanger. Soit le droit de jouer à mille lieues des contraintes, soit les contraintes à étouffer toute autre possibilité, et tout faire, tout finir, pour enfin revenir au jeu. Insupportable ! Forcément insupportable… organisé comme ça. Soit tout, soit rien, soit jusqu’au bout, soit pas touche. Et on dirait que ça peut peut-être coexister, s’emmêler, des balles avec lesquelles jongler dans un même exercice de jonglage. Quelle libération !
