4 juillet 2026.
J’ai envie d’avancer dans mon épure minimaliste. Filmer le processus est une contrainte, me freine un peu. Mais ça organise et oblige aussi, ça me concentre sur la tâche, ça me fait verbaliser à haute voix – sorte de boucle cognitive qui me contient, nourrit son propre mouvement. Je ne sais pas pourquoi je partage ça sur YouTube. Ça me surprend. Je me surprends par ailleurs à être particulièrement spontané. Sauf que c’est tellement proche d’un processus créatif. Je suis face à un caillou qu’à force de dégrossir je transforme jusqu’à ce qu’il devienne quelque chose, jusqu’à ce moment où une forme apparaît. Tout d’un coup, en retirant encore cette petite arrête sur le flanc gauche, c’est juste. C’est pousser la manette du contraste ou de la balance des blancs, et là, juste là, ni avant ni après, c’est ça, exactement ça. Quelque chose dans le corps. Une vague et précise détente. Une sensation diffuse et nette. On y est. Ces films ne racontent pas seulement ce que l’on voit.
Ce n’est pas un mouvement nouveau en moi: juillet 2024
Hors de ma vue
C’est fou. J’hallucine.
J’hallucine la puissance de l’effet que ça a sur moi.
Je n’enregistre pas l’information, l’expérience sensible ne s’inscrit pas. Et je suis de nouveau sidéré. Je la revis et je suis surpris comme une première fois. Frappé, interloqué, dubitatif. Pourtant c’est limpide et immédiat. Comme la scie au loin qui soudainement s’arrête : ah oui le silence. Imaginons le théâtre de la pensée, sur la scène, dans la salle, un vague brouhaha, de l’agitation, du chaos partout, de la confusion. Et disons que le rideau se ferme par exemple, et alors soudainement chaque chose est à sa place, personne ne parle en même temps, et il ne se passe qu’une seule action à la fois.
Hier soir, j’ai fait un peu de rangement pratique autour de mon bureau : les appareils photos à vendre, les tirages photographiques, les vieux CD à trier, le livre de poésie – hors de ma vue. Et déjà j’ai senti : les espaces libérés, le vide, la disparition de ces objets me procurait une sensation physique de détente, d’apaisement. Que je connais bien, mais que je n’ai pas plus notée que ça. Ce matin, je pousse le vice un peu plus loin : je retourne une feuille avec un texte imprimé pour n’avoir que le côté blanc apparaissant, cachant sur le porte document les listes de choses à faire, puis je pose la télécommande de ma hifi dessus ; je retire un ordi de sur le capo du scanner et le cache derrière un coussin ; je prends le micro posé sur l’étagère et le range dans un tiroir fermé. C’est impressionnant. Je peine à décrire l’intensité avec laquelle je me sens soulagé. J’ai des soupirs, ma poitrine se soulève tandis que le ciel semble s’évaser.
Me revient ce rêve fait il y a plus de dix ans et que je n’oublierai sans doute jamais : c’était mon balcon (aux Allobroges), il était recouvert à la chaux dans le style des maisons grecques, blanc diaphane d’une seule pièce, parfaitement vide, une structure pleine faisait office de banc, blanche également, sur laquelle était posée une magnifique natte tressée, et par-dessus cet assemblage minimaliste se dessinait le bleu du ciel, pur, limpide. J’en avais pleuré au réveil : c’était le calme absolu, ou l’absolu du calme, du confort, du plaisir le plus simple, rudimentaire et suffisant.
Je vois ce balcon apparaître en cachant les uns après les autres ces objets. Et ce qui m’hallucine, c’est la puissance avec laquelle le seul fait de les mettre hors de ma vue me libère et me soulage. Le théâtre soudainement parfaitement calme. Les muscles profonds qui lâchent. L’inquiétude vague sous-jacente de chaque instant remplacée par la tiédeur émolliente d’un bain en eau salée.
