Ces deux temps corporels qui structurent ma créativité. Le premier : assis en arrière, un clavier indépendant posé sur les cuisses, les bras le long du corps, la tête juste dans l’axe où elle ne pèse rien. Ou un cahier sur la table, le buste posé sur le plateau, la tête logée au creux du bras, la main qui glisse lentement sur la page. Un corps au repos, sans effort, sans tenue. Accueillir, laisser venir, laisser monter, faire de la place à ce qui survient, observer. Besoin de ce premier temps. C’est le corps qui dicte. Les autres postures sont désagréables, inconfortables, coûteuses, refusées. Ça dure un temps. (Peut-être une heure environ.)
Et puis, un mélange entre contentement (comme un ventre repu) et impulsion, voire une saturation. J’ai besoin de m’asseoir autrement, je peux me mettre droit sur ma chaise, ranger le cahier ou le clavier autonome, rapprocher le Mac. Et m’y mettre. Ça y est, je suis debout, je suis lancé, prêt à me coltiner le monde.
Frappé ce matin combien tout se passe d’abord dans le corps, depuis le corps, les sensations : les bonnes sensations comme des moules dans lesquels je trouve mon aise, là où je suis. Je ne décide pas. J’ai le choix de m’y accorder ou de brûler les étapes – mais je n’arrive plus à ne pas sentir la violence que je me fais.
