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Est-ce que l’artiste travaille ?

T’as de la chance d’être en weekend

Bon. Et comment faire comprendre tout ce temps nécessaire à la créativité. Toute cette place dehors, toute cette place dedans, nécessaires. Le temps en amont, la liberté de ne penser à rien, de savoir que les heures qui viennent sont vierges d’attentes, qu’elles ont le droit d’être impensées, vierges, vides, creuses, sans objet. Comment faire comprendre que ce temps n’est pas un temps de loisir, mais un temps de travail – une autre forme de travail, mais un travail. Une sueur intime, une sueur de rencontre, des difficultés de l’esprit et du corps. Faire n’est pas simple quand il n’y a pas de plan et que le geste livre l’intimité, engage le personnel, le vulnérable. Sans salaire, a priori, seule la satisfaction de l’aventure, sur le moment, et de l’accomplissement parfois, après. 

Je suis sensible ces jours aux personnes qui m’envient d’avoir fini mes heures de travail en institution. Je comprends. Mais qu’ils imaginent alors que les heures qui viennent sont des heures d’implication totale et sans limite à leur passion, s’ils en ont une, au rangement de leur appartement, à la préparation d’un projet de voyage. Ce qui les attend, n’est pas du loisir, de la détente, de la tranquillité, mais de la recherche, de l’exercice, une foule d’essais et d’erreurs, d’organisation, d’efforts. Le weekend n’existe pas, l’abandon du soir n’existe pas non plus, cette pression à créer, à dire, à exprimer est constante, elle s’infiltre partout et elle demande, exige, reste infiniment sur sa faim, incomplète, jamais guérie. Je ne suis pas si sûr que cette occupation-là soit plus confortable, plus agréable, plus simple, que celle de mes heures pour l’institution et le salaire. Elles sont moins définies, plus solitaires, sans rétribution, sans légitimité donnée, elles doivent se battre pour exister, on ne leur ferme pas la porte dessus pour en sortir, je ne peux pas badger mes entrées et mes sorties de fonction.

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