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Penfield / « Temporary Autonomous Zone »

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Ici, la bande-son créée le film davantage qu’elle ne l’illustre. Les minutes vierges deviennent scénario, l’écoute une aventure épique. Il est un étonnement qui recommence sans cesse: celui de tomber droit, toujours, après de longs vols alambiqués, de lentes chutes vertigineuses, de sinueuses courbes entre les styles variés. Organique, la galette offre de quoi s’en mettre plein le corps: de l’ancrage pédestre au sommet du pensé, des fourmillements d’épiderme à la perte d’équilibre, en passant par cette caractéristique torsion du sternum enroulé sur un groove jouissif. Les acmés du voyage se font par le haut et par le bas, il y a du poids d’émotion et de l’éther lyrique en ce périple instrumental: des larmes mélancoliques voisinent les déhanchés joyeux. Les hommes aux manettes sont éprouvés, la science de l’improvisation se laisse deviner, celle d’en bâtir d’astucieux édifices harmoniques ne fait aucun doute. Frimousse en grimace de plaisir, le tronc serpent halluciné, se contorsionne sur les ondulations d’un bon trip, des couleurs en bulles plein les mirettes, longues spirales de lignes mélodiques solitaires ou groupées, fantôme étouffé de l’instrument qui joue à l’ombre de son riff, les leads se croisent le fer et dessinent d’improbables structures éphémères: les paysages vont de la vague chahuteuse à l’immense pleine déserte, du sommet tempétueux aux nues paisibles. Se hasarder en cette « zone temporairement autonome » comprend les hautes probabilités de se faire électrifier l’échine, secouer les instincts fondamentaux, mais aussi bercer la pensée de rêveries contemplatives, pour qui veut s’abandonner aux horizons énigmatiques… On s’y fait parfois promener jusqu’aux bords des abîmes où se côtoient effroi et émerveillement: frontières d’infini donnant sur ces étourdissements dont toute âme inquiète raffole. La douceur enveloppe la stridence, la gravité propose sa frivolité pour en faire goûter la profondeur. Rien ne se fige, les mouvements se déploient, se tendent et s’épanouissent pour laisser place au suivant, en des contrastes délicatement menés. D’un seul souffle, les respirations vont et viennent en quarante-trois minutes brodées avec finesse et ingéniosité, on s’y perd comme on s’y trouve. Humble et fière, la pièce se présente comme cousue-main et avec le soin amoureux du bel ouvrage.



Texte écrit à l’occasion de la sortie de leur premier album: « Temporary Autonomous Zone » / en vente chez Sounds et Urgence Disk / « Longue piste cinématographique de 45 min. qui s’écoute sur la longueur et qui chemine par des ambiances très différentes entre le Jazz, le Rock Prog et l’Electro ».

Site: Penfield / Page facebook