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Nouvel an 2018

NOUVEL AN 2018 – la fête sensible


L’AMBIVALENCE DU RÉVEILLON

Je n’ai pas fêté le nouvel an 2018. J’avais une invitation et des possibles. Et une grande ambivalence. Il fallait se rendre à la campagne, et donc trouver un moyen de rentrer, il fallait passer la soirée entouré d’ivresse alors que je n’ai aucune envie d’alcool, il fallait festoyer à l’excès alors que j’aurais plutôt apprécié de la compagnie. J’étais attiré par les inconnus et inconnues à rencontrer, en même temps craintif de cela. J’étais touché par l’invitation de mon meilleur pote, en même temps nous aurions mille autres occasions. J’avais envie de voir tout ce jour du lendemain, du premier de l’an, de goûter à sa lumière matinale la pensée fraîche – non de dormir indéfiniment. Je n’avais pas envie d’être seul, mais une amie travaillait, l’autre m’a écrit alors que je dormais déjà, la soirée sans doute possible avec les amis musiciens de Genève promettait trop de dérives, et c’étaient les seules options qui me faisaient envie. Bref. J’ai opté pour la simplicité et le connu, le confort inconfortable, la tranquillité anxieuse, le corps du chez soi traversé d’angoisses agitées qui se sont finalement tues devant une série de photos à travailler et une nouvelle vidéo mise en ligne – (un poème non désespéré mais assez désespérant).

J’ai par moment ce genre de régression, de retour en arrière, aux heures les plus isolées, où les possibles n’existaient plus. Ça arrive plutôt pendant les vacances je remarque. Troublant de retrouver ces vécus après des mois où ils semblent avoir disparus. Comme ces timidités maladives qui tout d’un coup surgissent de nulle part, alors que l’aisance était totale et spontanée une semaine plutôt. Il faut s’en raconter des histoires, me semble-t-il, pour croire être fait d’un seul niveau, d’une seule matière, d’un seul tenant. À moins que cela fasse partie des différences possibles entre les êtres. Certains sont-ils fait d’une seule pièce à double face, noire et blanche, c’est tout? Je peine à le croire.

OSER DIRE

Elle a une étrange action sur la psyché cette période. Car ce n’est pas seulement l’arrêt obligé par la maladie qui me cloue au lit, ni le contenu des films que je regarde, non, je devine que ma représentation sait où nous nous trouvons dans l’année, et qu’elle tisse des bilans malgré moi. Ça fait le compte, ça revisite, ça pèse, ça questionne. Je remarque que j’ai plus de peine qu’avant à livrer la part de soupir et de désolation qu’un temps. J’ai peur de livrer ces vécus du nouvel an 2018. Quand j’écrivais sur mon blog « complexus » (toujours en ligne) entre 2009 et 2013, je n’hésitais pas à mettre le plus à vif sur la table. Mais d’une part c’était un blog anonyme, et d’autre part, le difficile et l’anxiété recouvraient beaucoup d’airs de ma vie, j’avais donc beaucoup à en dire, et j’en avais besoin. Aujourd’hui, si le regret, la peur, la tristesse, la fragilité apparaissent, j’ai tendance à les voiler, voire à les cacher tout à fait. Il est arrivé qu’on les utilise en croyant me comprendre et pouvoir me définir, et je pouvais alors aisément être volé de ma propre subjectivité (je suis beaucoup moins manipulable aujourd’hui), et j’hésite aussi car ces épanchements suscitent chez beaucoup de personnes une crise aiguë du rôle de sauveur/sauveuse – aussi plein de bonnes intentions que de projections et maladresses. Je ne veux cependant pas resté figé par ce retrait, car il y a tant à dire sur ces lieux de désarroi, de perte de sens, de doute.

 

LES MANQUES ESSENTIELS

Des films que j’ai récemment regardé, et qui font un écho avec cette solitude de mon nouvel an 2018, me revient une image, anodine et pourtant terriblement douloureuse. C’est dans « Battle of the sexes », quand Billie Jean King et sa nouvelle compagne sont dans la voiture, au bord de mer, en train d’écouter « Rocket Man » d’Elton John. C’est un univers entier: en quelques secondes sont évoqués le cœur-même de mon tremblement ultime, de ma raison d’exister, le condensé d’une myriade de souvenirs et de rêves parfaits, où les choses les plus douces de la vie sont réunies : l’amour, le lien, la proximité, la connivence, le voyage, la route, l’aventure, l’océan, la liberté, l’insouciance, l’insouciance, l’insouciance… la confiance… Et il me semble avoir été privé de cela durant ces 20 dernières années. Ce n’est pas tout à fait vrai, mais les doses furent si rares qu’elles trônent comme de minuscules oasis au milieu d’un vaste désert. Je suis beaucoup avec ça ces jours. À me demander comment j’ai pu me négliger, tout en connaissant très bien les réponses, encore actives aujourd’hui (au point de m’isoler le soir du réveillon), qui me permettent de sentir que ça ne s’est pas fait par hasard, et combien j’ai été acteur dans la création de ce paysage. Quoiqu’il en soit, le sentiment d’avoir manqué beaucoup de belles choses.

J’ai consacré ces années à écrire, photographier, chanter, composer, enregistrer, filmer, monter, lire, créer, apprendre les mille et une façon de présenter son travail sur la toile, dans un périmètre finalement très étroit – je me souhaite de pouvoir progressivement utiliser tout ce que j’ai fait pour créer des bulles de liberté et d’insouciance, de voyage et d’errance, d’ailleurs, de mouvement, d’inconnu.

Je suis aussi avec, comme souvent, milles élans, besoins et idées qui me tétanisent. Tous et toutes importants, ne pouvant rien délaisser, conscient cependant que tout est impossible. Mais depuis le siège immobile de ma convalescence, ça rêve à outrance et ça s’imagine des scénarios fantastiques qui semblent avant tout compenser des manques très actuels. C’est un autre manège du commerce intérieur que je connais bien, et qui me prend au dépourvu, qu’il me faut reconnaître, encore et encore. Finalement, en accueillant mon nouvel an 2018 comme il fut, je peux lui reconnaître bien des vertus et bien des richesses. 

nouvel an 2018


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