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Comment j’écris

COMMENT J’ÉCRIS (1)


Comment je me laisse écrire

Il me faut de la patience pour arriver au seuil de cette écriture-là. Elle me demande de lui faire une vraie place. Elle ne joue pas le jeu du rapide et de l’efficace. Parfois, deux phrases séparées d’un seul point le sont en fait de plusieurs minutes. Souvent je ne sais pas ce qui va s’écrire avant que cela ne commence. Je dois au contraire laisser un espace vierge, étirer en largeur une grande page d’atterrissage, me retirer un peu. Regarder dans le vide et faire comme si je n’étais pas là, tout en l’étant particulièrement intensément. L’air de rien, avoir une antenne discrètement dépliée, suspendue au-dessus de mes tremblements. J’observe à secrets coups d’oeil les mesures sismiques, et note aussi délicatement que possible les soubresauts de l’aiguille. Ni trop rigide ni trop lâche, mes mains accompagnent le fil qui parfois naît. Ça tisse des phrases, ça compose un nuage de mots. Peut-être que ça ne dit rien de particulier, peut-être que ça raconte comment ça raconte, c’est tout.

Comment je peux guider

Je peux choisir, je crois, de temps en temps, je peux essayer, voir si ça prend ou pas, je peux, oui, ajouter une goutte, instiller un parfum, un thème, et voir comment ça réagit. Par exemple, si je pense à mon souhait d’écrire plus frontalement, de laisser émerger des phrases plus immédiates, moins alambiquées, ce n’est pas tant pour être mieux lisible que pour me donner le droit et prendre le risque d’apparaître sans les apparats potentiellement creux de la phrase compliquée qui dit des choses simples. Parfois la nature de ce que je tente de décrire exige le contour, le méticuleux, le partiel, la nuance et les fioritures qui seuls rendent compte du détail et du précis, du circonstanciel, mais parfois je devine que mon langage se galvanise tout seul à mauvaise raison, qu’il ne fait que danser pour les effets de sa gigue, pour mieux se représenter – non pour mieux dire. Et puis j’ai toujours été plus touché dans mes chairs par la poésie incarnée que par le merveilleux lyrisme de l’esprit.

Le lieu de départ et d’arrivée

L’esprit pour l’esprit me fascine, mais ne me touche guère. Il me séduit, m’égare, me conduit hors de moi, vers lui et ses fards (premier sens étymologique du verbe séduire). Or ce que je goûte le plus, c’est d’être ramené au cœur, à la sensation, à ce dont je me défends d’être, à ce que je me défends de ressentir.

comment j'écris


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