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Le belvédère des quatre lacs

 
 

Le belvédère des quatre lacs

Un dimanche de décembre 2017, j’ai voulu aller voir le Belvédère des quatre Lacs. Il faudra que j’y retourne, je n’ai pas pu monter au point de vue, mais les deux heures de silence total sans un seul alter ego humain furent assez jouissives ! Ci-dessus, les images récoltées, et ci-dessous une prose poétique écrite le lendemain, évoquant quelques humeurs de cette belle journée.

Promenade au bord des lacs

Je vois encore les grandes nappes blanches au loin, posées de biais contre les forêts, couvrant de rose orangé leurs derniers regards. Je les vois à travers la fenêtre, depuis la voiture qui m’embarque. Elles me manquent déjà, et je regrette de ne pas avoir été leur dire bonjour de près. Ou au moins de m’être arrêté longtemps, pour les laisser baigner mon visage des rêves qu’elles exhumaient en pâles oraisons. Mais j’étais fatigué : quitte à devoir rentrer, je voulais rentrer de suite. J’aurais sinon voulu faire un feu au milieu de mon cockpit et dormir là, et ce n’était pas une bonne idée.

J’ai marché deux heures ce matin, au bord de deux lacs contigus. Le premier était voilé d’une fine couche de glace, le deuxième avait déjà réussi à faire fondre cette fragile peau d’aluminium, mais sa surface était aussi lisse et miroitante que le premier. Tous deux jouaient avec les cimes des arbres, les emmenaient au fond d’une noirceur qui commençait à mes pieds. Pas âme qui vive, je suis seul, j’avance dans un chemin poudré, content des guêtres offertes par mon père il y a deux ans et que j’utilise pour la première fois – content comme un enfant qui peut enfin mettre son cadeau en action. Je pense faire vingt ou trente mètres, juste de quoi faire quelques photographies, et trouver un meilleur spot. Ma voiture, toute seule sur le parking, au bord de cette route perdue où j’entends passer un véhicule toutes les 5 minutes au maximum, m’inquiète. Mais la neige et le lac avalent doucement ma peur, la beauté et le silence me font revoir à la baisse les conséquences d’un vol. J’ai à manger et à boire, la neige ne trouve pas le chemin de mes chaussettes, les couches d’habits sont suffisantes, et le chemin qui longe le lac, tassé par les traces, me fait des invites auxquelles je fini par céder.

J’ai eu deux heures privilégiées. Seul au milieu du froid, prisonnier bienheureux d’une montagne et de deux lacs, le soleil magnifiant la berge d’en face, le calme parfait des eaux excellant dans l’art du reflet.

Et j’ai aussi ce pincement : me restent gravées au fond de l’iris les vastes plaines scintillantes, et je les ai traversées d’un seul trait. Elles me parlaient d’une tranquillité opaque, d’un refuge merveilleux, de ce règne dont j’ai souvenir et qui était celui de mes vacances d’enfant. Enveloppé par l’ouvrage incessamment et douloureusement beau des paysages sauvages et vastes, étendus avec nonchalance sur nos fragiles petites constitutions, qui fondent vite et font à peine une vague sur quelque lac perdu de conscience.

belvédère des quatre lacs


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